LES JARDINS DE PALERME

Autrefois appelée “cité-jardin”, pour l’abondance de parcs et d’espaces verts, Palerme ne garde que partiellement les témoignages de ce souvenir. A part ce qui reste des hôtels particuliers, notamment des villas nobiliaires de la “piana dei Colli” s’étant dressées au XVIIIe siècle sur la lancée de la mode de la villégiature, les jardins de la ville dont le public peut jouir sont encore fonctionnels et bien conservés.

 

Giardino Inglese 

via Libertà (un peu avant piazza Francesco Crispi et  via delle Croci)
 

Il a été projeté en 1850-51 par l’architecte Giovan Battista Filippo Basile, avec un système planimétrique “à l’anglaise” suivant la morphologie du terrain, en s’inspirant des milieux exotiques; quelques années après, son fils Ernesto y réalisa un petit temple de goût arabe. Nombreuses les espèces installées par le célèbre botaniste Vincenzo Tineo. Parmi les fontaines, les serres, les plaques et les bustes d’illustres siciliens, ressort l’ensemble sculptural Canaris a Scio (1878) de Benedetto Civiletti.   

En face du Jardin Anglais, il y a le parterre dédié aujourd’hui à Giovanni Falcone et à Francesca Morvillo, où se dresse le monument à Giuseppe Garibaldi, par Vincenzo Ragusa, avec un lion à sa base, œuvre de Mario Rutelli, inauguré au cours de l’Exposition Nationale de 1891-92.

 

Villa Trabia
piazza Luigi Scalia/ via Salinas 3

Appartenue à Giuseppe Lanza Branciforti, la villa est à structure du XVIIIe siècle, mais remaniée en style néo-classique à la fin du XIXe siècle, aujourd’hui c’est le siège de la division de la Culture, du Tourisme et du Sport. L’entrée monumentale se trouve sur la piazza Luigi Scalia, en plein centre-ville, avec deux pylônes surmontés d’ensembles sculpturaux et une grille avec le grand emblème de la maison. Autrefois, le parc était un véritable jardin botanique privé renommé dans toute l’Europe, avec plantation d’agrumes, cultures et 2.796 espèces différentes: aujourd’hui, il n’en reste que 130, parmi lesquelles la rarissime Araucaria bidwilli et la Phoenix canariensis, en plus de deux bien beaux Ficus magnolioides. Deux serres en verre et fer forgé survivent toujours, dans une d’entre elles on cultivait 278 espèces de roses et d’orchidées. Dans le parc – le plus vaste de la zone urbaine – sont parsemées quelques vasques, dont la fontaine du XVIIIe siècle avec le groupe en marbre du Glaucos avec des putti, attribué à Ignazio Marabitti, et puis des bancs de marbre et un pont en tuf à quatre arcades.

 

Villa Garibaldi
piazza Marina

Elle occupe une grande partie de la place et elle fut aménagée en 1861-64 par l’architecte Giovan Battista Filippo Basile, qui dessina même l’élégante grille en fonte, réalisée par la Fonderia Oretea.

Elle est située dans un tissu urbain fascinant, à quelques mètres du tronçon final du Cassaro (corso Vittorio Emanuele) et à deux pas de la mer, au milieu de quelques-uns parmi les édifices historiques les plus intéressants de la ville, tels que le palais Chiaramonte du XIVe siècle (le siège du Rectorat), le palais Galletti, le palais Villarosa, l’église Ste-Marie-des-Miracles, le palais Fatta. Villa Garibaldi possède de nombreux exemplaires de plantes exotiques, dont un splendide exemplaire de Ficus magnolioides, parmi les plus grands d’Italie. A l’intérieur, le long des allées, des bustes de personnalités du Risorgimento, des fontaines et des chalets. L’on y trouve une ludothèque communale avec une bibliothèque pour enfants.

 

Villa Giulia   
Foro Italico/ via Lincoln

Continuation idéale de la “promenade à la Marina”, elle fut réalisée sur le plan de Sant’Erasmo, donnant sur la mer, en 1778, et prit le nom de Giulia Guevara, la femme du vice-roi Marcantonio Colonna. Le projet était de l’architecte Nicolò Palma, d’après un schéma géometrique rigide de forme carrée, dans lequel les allées orthogonales et diagonales engendrèrent de fascinantes divisions vertes. Par l’entrée monumentale néo-classique sur le Foro Italico, l’on arrive au milieu du jardin, dominé par la fontaine de marbre du Dodécaèdre, avec douze cadrans solaires, l’œuvre de 1780 d’Ignazio Marabitti; aux quatre coins, en 1866, Giuseppe Damiani Almeyda réalisa autant d’exèdres en style pompéien; sur le côté occidental, la fontaine du Génie de Palerme (1778), toujours de Marabitti, avec aux côtés un autre groupe de statues allégoriques contemporaines. Au XIXe siècle, on changea la riche végétation, on ajouta une romantique montagnette avec de fausses ruines romaines, un belvédère néo-classique et des bustes de personnalités siciliennes.   

 

Jardin Botanique
via Lincoln

Il se dresse depuis 1789 le long de la limite occidentale de Villa Giulia et il est considéré parmi les plus importants d’Europe par la beauté, la rareté et la variété de son patrimoine botanique, de provenance diverse. Institution fondamentale de l’Université de Palerme, il exerce des fonctions didactiques et scientifiques, et il a une surface de 10 hectares. L’édifice central sur la via Lincoln, le gymnase, a été projeté en 1789 par l’architecte Léon Dufourny, s’étant inspiré de l’architecture grecque; de chaque côté, un sphinx et sur le sommet les statues des quatre saisons; les fresques de l’intérieur sont l’œuvre de Giuseppe Velasco (1795). Les édifices latéraux, le caldarium et le tépidarium, ont été exécutés en 1790-97 sous la direction de Giuseppe Venanzio Marvuglia. Au fond de l’allée centrale, se trouve un aquarium abritant de nombreuses plantes aquatiques. Aux cultures protégées est destinée la “serre Carolina”, don de la reine Marie Caroline: à l’origine en bois, elle fut reconstruite en fonte par Carlo Giachery en 1856. Le Jardin est orné de la fontaine de Pâris, exécutée en 1838 par Nunzio Morello, et de deux statues, dédiées à Discorde et Théophraste, œuvre de Domenico Danè.  

 

Villa d’Orléans
piazza Indipendenza

Provenant d’un édifice suburbain précédent, du XVIIIe siècle, défense du domaine agricole du prince Giuseppe Reggio, elle a été reconfigurée en tant que résidence par Antonio Buscaino au XIXe siècle, d’après la volonté d’Enrico d’Aumale, fils de Louis-Philippe d’Orléans et de Marie-Amélie, qui avait reçu ce domaine de son père Ferdinand IV de Bourbon. Aujourd’hui la villa est le siège de la Présidence de la Région sicilienne. Le jardin “à l’italienne”, splendide et d’une grande suggestivité, est riche en essences botaniques, pré, de grands arbres, avec des vasques, des cages et des volières pour un petit zoo, très fréquenté en particulier par les enfants. Le jardin fait partie de l’immense parc de l’ancien domaine, où depuis l’après-guerre se trouve la cité universitaire, et où est la dépression du lit du fleuve Kémonia (fosses de la Garofala).  

 

Villa Whitaker a Malfitano
via Dante
167

L’édifice, plongé dans la verdure, se dressa entre 1885 et 1889 sur commande de Giuseppe Whitaker, famille d’entrepreneurs anglais aisés s’étant établie en Sicile dans la deuxième moitié du XIXe siècle. En style Renaissance, sur trois niveaux, elle a un décor fastueux (resté comme l’ont vécu les propriétaires) et elle possède de précieuses collections d’art: peintures, tapisseries, mobilier, porcelaines, livres; une grande partie de la décoration est de goût oriental. Parmi les décorations à l’intérieur, ressort la Salle d’été, ornée de fresques par Ettore De Maria Bergler, représentant un pavillon avec végétation. Le vaste jardin, aménagé par Emilio Kunzmann, est riche en raretés botaniques, dont un Ficus magnolioides, placé devant l’édifice, et en certaines plantes exotiques provenant de la Tunisie et de Sumatra. Aujourd’hui c’est le siège de la Fondazione Whitaker et elle est ouverte au public.

 

Villa Castelnuovo
viale del Fante
66

Avec le grand parc, elle remonte à la deuxième moitié du XVIIIe siècle, sur l’initiative de Gaetano Cottone e Morso, prince de Castelnuovo. En 1819, son fils Carlo y fonda l’Institut agricole, une institution née pour diffuser des méthodes rationnelles de gestion agricole (aujourd’hui propriété de l’Université de Palerme), grâce auquel la structure du parc subit de profondes transformations. D’après le modèle du Jardin botanique, l’on y édifia un gymnase en style néo-classique, projet d’Antonio Gentile, traversé transversalement par un portique s’articulant sur huit colonnes doriennes, au milieu desquelles s’élève une coupole, décorée à l’intérieur par Michele Varrica. Une allée de cyprès marque l’autre entrée de via San Lorenzo, où sont placées les statues allégoriques de l’Agriculture et de l’Abondance. D’autres allées bordées de différentes espèces exotiques mènent à un magnifique “théâtre de verdure”, géré par le Théâtre Massimo, abritant la saison d’été des représentations; dans la végétation luxuriante et très soignée autour du théâtre, se trouve la fontaine de la Musique, œuvre de 1777 d’Ignazio Marabitti.

 

Villa Igiea
salita Belmonte 43

Chef-d’œuvre de l’architecture moderniste à Palerme, c’est un grand hôtel sur la mer, dressé en 1900 d’après le projet d’Ernesto Basile chargé par les Florio, qui en un premier temps voulaient en faire un sanatorium. La préexistante villa Downville, en style néogothique, fut englobée par l’architecte Basile dans la nouvelle structure, s’articulant avec des asymétries étudiées, entre tourelles, portiques et détails décoratifs raffinés (faïences, fers forgés, gravures de pierre). Parmi les intérieurs, projetés avec élégance par Basile même, ressort la célèbre Salle à manger, qui a conservé intacte la décoration en bois, réalisée par la firme Ducrot, et extraordinairement décorée aux murs par Ernesto De Maria Bergler, entre symbolisme et mouvement art nouveau. Le beau jardin a des terrasses descendant sur la mer et une ruine (fausse) d’un petit temple classique préexistent.

 

Villa Lampedusa
via dei Quartieri
88

Elle a été édifiée au milieu du XVIIIe siècle au sein d’un parc de 10.000 mq, avec des fontaines et un cafehaus, et décorée à l’intérieur de fresques de l’école de Gaspare Fumagalli. Modifiée dans un sens imitant les classiques, elle fut achetée en 1845 par Giulio Tomasi prince de Lampedusa, qui, afin de satisfaire sa passion pour l’astronomie, ajouta au milieu de l’édifice une tourelle servant d’observatoire. Au premier étage s’ouvrent trois salles, en style rococo et pompéien. Malgré sa dégradation, la villa garde encore un charme remarquable puisqu’elle évoque les atmosphères décrites dans le roman Il Gattopardo de Giuseppe Tomasi di Lampedusa (arrière-petit-fils du prince astronome), dans lequel elle revit avec le nom de villa Salina. A présent elle est gérée par une association privée qui en a fait le siège de spectacles et de concerts en plein air.