Le Théâtre Massimo
entre art et histoire

                                                                                                                   

Le Théâtre Massimo de Palerme (dédié à Victor-Emmanuel II) fut inauguré le 16 mai 1897 avec Falstaff de Giuseppe Verdi, dirigé par le chef d’orchestre Leopoldo Mugnone; à l’affiche figuraient même La Joconde de Ponchielli et la Bohème de Puccini; la compagnie de chant était parmi les mieux qualifiées de l’époque, et parmi les jeunes ténors ressortait un nom que les parterres du monde entier acclameraient, celui d’Enrico Caruso. C’était un dimanche et Palerme, dans une attente fébrile, s’apprêtait à vivre un événement mémorable, dans lequel carrosses, toilettes et bijoux servaient de fastueux apparat. 

L’inauguration eut lieu vingt-deux ans après la pose de la première pierre (le 12 janvier 1875), qui à son tour mettait fin à des vicissitudes tourmentées commencées une dizaine d’années au paravant. Depuis longtemps, en effet, l’on parlait d’un grand Opéra à Palerme, digne de la plus importante ville de l’Italie du Sud après Naples. En 1864 le maire, marquis di Rudinì, avait publié un concours international, auquel participèrent trente-cinq professionnels de différentes nationalités; la commission chargée de juger était composée de Gottfried Semper, le président, et de Mariano Falcini et Saverio Cavallari, ce qui donne la mesure du climat culturel de l’époque et des rapports entre la Sicile et l’Europe. Le concours fut gagné par l’architecte palermitain Giovan Battista Filippo Basile.

Parmi les polémiques les plus ardentes qui éclatèrent, celle sur le site du nouveau théâtre, pour la construction duquel on démolit le quartier intérieur de San Giuliano, en abbattant la Porta Maqueda, l’église San Giuliano et celle delle Stimmate avec le couvent annexe. Au cours des travaux, ensuite, on contesta une série de dépenses non prévues, c’est pourquoi en 1881 on suspendit les travaux; huit ans après, enfin, le Conseil municipal décida de mettre fin à toute polémique et disposa la continuation de l’œuvre; une décision qui avait à voir avec le poids politique et économique d’Ignazio Florio, qui tenait en haute estime Basile.

Disparu Giovan Battista Basile deux ans après, en 1891, à achever le théâtre fut appelé le fils Ernesto, qui, tout en respectant le projet paternel, en définit les structures et l’enrichit avec l’apparat décoratif, en appelant autour de lui les plus grands artistes de l’époque, en coordonnant l’action de peintres, décorateurs, artisans, en interprétant le processus architectonique et artistique laissé inachevé par le père et en poursuivant une unité stylistique et formelle complexe. Parmi les noms les plus importants: Rocco Lentini, Ettore De Maria Bergler, Michele Cortigiani, Luigi Di Giovanni, Francesco Padovano, Giuseppe Enea, Enrico Cavallaro.

 

LE MONUMENT – Dans le panorama européen, le Théâtre Massimo de Palermo représente le point d’évolution le plus élevé de la typologie du “théâtre à l’italienne” en opéra, à la fin d’un processus ayant attribué au siège du spectacle lyrique un caractère d’élite, presque sacré, et qui voyait deux lignes de recherche relatives au projet: une, française, de Charles Garnier, qui mena à l’architecture de l’Opéra de Paris, et l’autre, allemande, qui, par Karl Friedrich Schinkel et Gottfried Semper, mena à celle du Théâtre de Bayreuth de Richard Wagner.

La recherche de Basile eut plusieurs points de contact avec les deux mouvements, mais elle se dirigea surtout vers le perfectionnement du type canonique italien, en développant les principes de rationalité fonctionnelle (emploi de matériaux traditionnels et de nouveaux systèmes de construction) inhérent au Théâtre alla Scala de Milan, de Giuseppe Piermarini, et en recourant surtout aux éléments du classicisme. De l’étude du monde classique, en effet, Basile tira les lois de l’harmonie et de l’équilibre, en termes de rapports et de dimensions, soutenus par une rigoureuse géométrie basée sur le “nombre d’or ”; et allia l’étude de l’architecture classique et des formes de l’architecture sicilienne ancienne et une préparation technique-scientifique mise à jour.

 

L’EXTERIEUR DU THEATRE - Convaincu du rôle fondamental de l’Italie et de la Sicile dans l’histoire de l’architecture occidentale, Giovan Battista Basile s’inspira, dans les formes et dans les matériaux, des monuments de Tivoli et, en particulier, de ceux de Solunto. Pour la colonne de l’ordre géant de l’extérieur du théâtre, il adopta le chapiteau corinthien de Solunto en pierre tufière; à la fin de l’escalier spectaculaire, il prévit un pronaos d’entrée hexastyle, exaltant l’aspect symbolique et sacré de l’édifice, représentatif de la communauté et de sa civilisation. “En garde” du théâtre, deux lions en bronze surmontés par deux figures féminines, symbolisant La tragédie (à droite), œuvre de Benedetto Civiletti, et La lyrique (à gauche), de Mario Rutelli.  Ernesto Basile s’occupa même de l’aménagement de la place d’en face, éclairée par d’élégants candélabres en fonte, réalisés d’après son projet. Aux alentours de l’escalier, il plaça un buste de Giuseppe Verdi, œuvre d’Antonio Ugo.

Le théâtre – qui s’étend sur un terrain de plus de 7.700 mètres carrés – dispose d’une série d’autres entrées, pour l’accès du public en carrosse, du Souverain, des artistes, des musiciens d’orchestre, en plus de celle de service d’accès à la scène. 

 

L’INTERIEUR DU THEATRE – Après le pronaos, à l’intérieur, s’ouvre le vaste foyer, suivi d’un vestibule de structure quadrangulaire introduisant à la salle des spectacles et aux escaliers, menant à leur tour, aux différentes files de loges. Le foyer a une frise d’entrée majestueuse, de grands candélabres, d’élégants pilastres de l’ordre géant et le buste de Giovan Battista Filippo Basile, œuvre d’Antonio Ugo. Sur le foyer donnent, au premier étage, les vestibules et les passages pour la loge royale.

Le plan de la salle est en forme de fer à cheval (19,75 mètres sur 26,50), qui rappelle celles de l’Opéra de Paris, de l’Opéra de Vienne et du Théâtre Carlo Felice de Gênes, avec cinq files de loges et galerie. Elle fut projetée pour 3.000 places, puis réduites à 500 dans le parterre, 1.200 dans les cinq files de loges et 500 dans la galerie, pour un total de 2.200 places. Aujourd’hui, la réglementation en vigueur ne permet pas une présence au-dessus de 1.350 spectateurs. La couverture de la salle fut réalisée avec une cupole métallique (de plus de 28 mètres de diamètre), d’une hardiesse technologique remarquable.

Les dimensions de la scène sont de 28,50 mètres de largeur sur 38,80 de profondeur (inférieur seulement à l’Opéra de Paris); tandis que la longueur de l’ouverture de scène est de 14 mètres (parmi les plus grands d’Europe).

Basile apporta tous ses soins à favoriser la meilleure visibilité possible de tous les coins de la salle; tandis que, pour réaliser une acoustique presque parfaite (encore aujourd’hui parmi les meilleures des théâtres européens), il conçut des procédés techniques en ce temps-là à l’avant-garde.

La décoration magnifique de la salle – dans laquelle on adopta une solution chromatique basée sur la combinaison de l’or et du rouge – est représentée par des éléments en bois et stuc revêtus d’or pur, œuvre de Salvatore Valenti, par les délicates peintures des differentes files de loges, représentant des putti, des sarments de fleures et fruits, des paniers, des masques de théâtre, se terminant par le splendide plafond peint par Rocco Lentini, représentant Le triomphe de la Musique.

Le rideau (12 mètres sur 14), peint par Giuseppe Sciuti, représente le couronnement de Roger II à Palerme en 1130.

Encadré par un riche faîte doré, la fastueuse loge royale, avec foyer, est entièrement revêtue de bois d’acajou; le plafond est l’œuvre d’Ettore De Maria Bergler, tandis que les niches furent peintes par Francesco Padovano.

Les loges, précédées de petits vestibules, sont parmi les plus amples et confortables existant dans les théâtres européens, larges d’1 mètre 96.

A l’intérieur du théâtre, au premier étage, ressort la Salle pompéienne (ou Salle des foyers publics), décorée en style pompéien par Ettore De Maria Bergler, avec bande des festons en relief, en stuc clair sur fond rouge. Entre la Salle pompéienne et la loge royale, se trouve la Salle degli Stemmi, elle aussi avec un apparat décoratif de style pompéien. Tandis qu’au rez-de-chaussée, avec entrée indépendante par la place donnant sur un petit jardin, il y a la Salle del Caffè, avec une riche décoration de festons de fleures et fruits et de masques de théâtre, et dessus-de-porte avec des figures allégoriques, œuvre d’Enrico Cavallaro.